Le Sénégal trône sur les plus hautes marches du podium du cinéma africain. Avec leurs coproducteurs sénégalo-français, Alain Gomis et Moussa Touré donnent enfin au Sénégal, dans la catégorie des longs métrages, ses premiers Etalons. William Mbaye, Moly Kane, Khardiatou Pouye ont été aussi méritants dans leurs sections respectives.
Ce beau palmarès est tout au seul honneur des professionnels des différents métiers du cinéma sénégalais. L’Etat étant quasi-absent sur la chaîne.
Ce n’est un secret pour personne que le secteur est en déliquescence depuis des décennies. Cela n’a pas empêché une multiplication des productions, toute catégorie confondue. Ceci fera dire à certains que le Sénégal, malgré ce contexte de crise, est le pays au monde où il y a le plus de réalisateurs au mètre carré. L’intérêt pour la jeunesse, au même titre que pour les autres métiers des arts, est réel.
Interrogé après ce palmarès historique, le Ministre de la Culture, depuis Atlanta où il séjourne, évoquera la nécessité d’un partenariat public/privé pour aider à la relance du cinéma grâce à des mécanismes existants ou à créer comme le Fonds Souverain d’Investissement d’un montant de 500 milliards de Francs CFA (environ 1 million de USD). Sauf que ces mécanismes, pour le moment, ne sont qu’au stade de projet alors que le cinéma lui continue de tourner à coups de clap ; donnant le résultat connu du dernier FESPACO.
A supposer même que ces fonds soient opérationnels, ils s’adressent spécifiquement aux entreprises. Combien en existe-t-il dans le secteur ? Moins d’une dizaine. La majorité des produits l’étant grâce à des auto-productions. Et ces entreprises là, vues les conditions d’éligibilité draconiennes souvent en vigueur dans les institutions de financement (Banques et Fonds) à l’image du défunt Fonds de Promotion Economique (FPE), devenu Banque Nationale pour le Développement Economique (BNDE), n’accèderont jamais à ces fonds. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas, dans sa dimension économique, une politique claire de l’Etat par rapport au secteur culturel.
Est-il besoin de rappeler que le secteur des arts, s’il est accompagné, est l’un des meilleurs pourvoyeurs d’emplois ? Dans un pays de 14 millions d’habitants ou seuls 300.000 personnes sont salariés, dont 85.000 le sont par l’Etat (avec une majorité d’enseignants), la culture a un potentiel d’absorption réel de la population active.
Le fonds annoncé d’un milliard de Fcfa pour la production, ne serait que sur deux exercices, s’il est alimenté, aidera à une relance certaine et un début de création de véritables petites et moyennes entreprises de production. Parce que les producteurs sont les premiers sur la chaîne de cette économie. S’ils sont renforcés, ils créeront des emplois (réalisateurs, acteurs, costumiers, musiciens, artistes visuels, photographes, etc.). Des salaires seront payés et des impôts collectés.
La mise en place d’un fonds de garantie dédié aux arts pourrait être la seconde étape avant un glissement définitif vers les banques et autres fonds souverains.
Monsieur le Ministre a aussi évoqué la Distribution. A ce maillon aussi l’Etat traîne les pieds. Oui Monsieur le Ministre, les salles de cinéma doivent être intégrées dans des complexes dédiés globalement au loisir et au divertissement. Mais en attendant que cela soit (comme ces fameux fonds d’investissement), où voir la floraison de productions existantes si ce n’est par le canal du digital ? Il est attendu de l’Etat qu’il hausse le ton fasse au fournisseur d’accès principal qu’est France Telecom pour une augmentation significative de la bande passante, des textes de loi préparant concrètement le passage au numérique pour 2015 et les mesures d’accompagnement liées à ce passage. Mais jusqu’ici, rien. Nos producteurs sont obligés de signer avec des distributeurs étrangers, occasionnant des manques à gagner énorme pour l’économie locale. Pensant ce temps, les professionnels des métiers des arts, faute d’un cadre réglementaire régissant leur travail, meurent à petit feu.
Oumar Sall
oumar sall